Aurillac, pastille 80.

vendredi 30 août 2013

Cet été la compagnie A Petit Pas a présenté le spectacle Chairs Vieilles au Festival de Théâtre de Rue d’Aurillac. Voici quelques mots sur cette aventure écrit par Isabelle Elizéon.


Il faisait encore froid de la nuit. Les rideaux bleus de la chambre laissaient filtrer les premières lueurs. La brume lentement se dissipait. C’était l’heure. En bas du pont, on voyait quelques corps étalés, corps d’hommes, corps de chiens, endormis. Le silence sauf quelques voitures qui passaient le long de la Jordanne. Un bonjour à la ronde, un café, des tranches de brioche, nos regards encore alourdis par le sommeil rempli de rêves ou noir d’encre. On n’avait pas encore grand-chose à dire, on pensait à l’après, d’ici trois heures, juste avant l’arrivée de l’Ange. Nous nous répétions peut-être tous ensemble sans le savoir : 10h40. Le thé chaud, le café faisaient du bien et cet instant traînait un peu, pour se réconforter, se donner du courage. Et puis les choses s’accéléraient. Souvent Fred prenait les devants, prêt déjà, la main sur la poignée de la porte, et puis Yano juste derrière et enfin Christopher et moi qui prenions le thé chaud, noir, dans le thermos argenté. Nous partions. Les rues étaient encore désertes, presque. Nous marchions vite dans le froid piquant des montagnes du Cantal. Nous croisions quelques retardataires de la nuit passée, des canettes, des bouteilles, un jeune homme en short endormi dans la position du fœtus, toujours dans la même entrée d’immeuble (nous ne le sûmes bien sûr qu’après). Invariablement, après dix minutes de marche, juste avant d’arriver au pont qui enjambe la rivière, Fred et Yano nous distançaient. Nous bavardions peu. Le but était l’arrivée, la cour de la Visitation. Le jour était bien levé au moment où nous franchissions la Jordanne et un peu plus encore lorsque nous entamions la fameuse montée sur la cour, celle digne du Golgotha la croix en moins. A couper les jambes cette montée. Le camion était déjà là, ouvert, qui exhalait son odeur caractéristique de bois brut. Bastien était à l’oeuvre, aidé par Emma. Nous arrivions au moment où sonnaient les huit coups à l’église St Géraud. L’ancien couvent nous surplombait, presque écrasant, austère. Il était pourtant très beau et recelait des secrets qui me donnèrent plus tard froid dans le dos. Histoires de nonnes, de filles perdues, d’infanticides, de foi et d’oubli. La cour de la Visitation était là, surplombant la vieille ville et s’ouvrant entre les arbres sur les collines. Les marronniers étaient plus que centenaires dans la cour et rien que ça donnait à notre lieu un aspect mystérieux et chaud où l’on avait envie de s’installer, de rêver, d’aimer. C’est là que le radeau des trois vieilles se montait, entre les arbres immenses, perdu dans un océan de feuilles. Presque perdu. C’est là que pour la première fois à Aurillac, les trois vieilles attendirent l’Ange déchu précédant les premiers spectateurs du Festival qui ouvrait ses portes. C’était le mercredi 21 août 2013, il était 10h40, dans la Cour de la Visitation, pastille 80."


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