Journal de Bord de l'île Warc'h

samedi 11 août 2012, par Leonor

7 Juin Mer agitée, tempête : 90 à l’heure !


13h Je me remets à l’écriture à la même place où hier j’ai commencé à déverser ce qui sortait de moi.

J’ai encore eu besoin de temps pour m’y mettre. J’ai peur… la peur est en nous depuis notre naissance et elle ne nous quitte jamais. Tu peux l’oublier, faire abstraction mais elle est. Certains luttent contre elle comme on lutte contre une maladie ou les éléments, les autres l’accueillent dans leur sein et la laisse germer dans leurs entrailles.

Se cogner contre un mur, voici l’image qui pourrait qualifier mon être !

A sang se cogner, répéter la même opération jusqu’à l’épuisement.

La même action et son résultat.

A sang, se cogner le corps aveuglé par le désir de traverser le mur, de casser les briques et de passer de l’autre côté.

S’enfermer dans un phare, s’obliger à être ici, seul face aux maisons qui continuent leur vie bien ordonnées, rythmées par leur quotidien. S’isoler dans une spirale comme une princesse arabe enfermée dans sa tour. C’est une sorte de gouffre qu’on s’impose ? Revenir en arrière ?

Hier j’ai entendu une émission sur France culture, c’était un philosophe qui parlait de la notion de renaissance (j’ai oublie son nom…j’oublie toujours les noms et ça aussi me fait peur…)

Pour lui on ne peut pas renaître si les blessures, (mais pas que, aussi les moments heureux) n’ont pas été revisitées. Regardées, revues, recensées et mises en boite. Une sorte d’inventaire de notre vie, de catalogue des blessures… et seulement à partir de cette conscience de ce qui nous a constitués, de ce qui a fait obstacle, déchirure ou rupture (de ce qui n’a pas été dit, entendu…) seulement à partir de ce regard sur soi et du chemin parcouru qu’on peut essayer de se lever et marcher à nouveau : conscient !
Marcher avec les béquilles que nous possédons tous, nos ressources : les rencontres qui nous aident à tisser un voile de douceur, la découverte d’un paysage, une page blanche… tout ce qui nous oblige à nous découvrir à nouveau.

Nous sommes à chaque instant un nouvel être qui attend d’être révélé par nous même, pas les autres et par ce qui l’entoure. Il faudrait donc, pour commencer, avant tout : savoir le regarder, se regarder !

En haut de sa tour de garde dans la salle de veille, le gardien de phare sait voir au milieu du brouillard. Il a appris le langage de l’attente.
Il est patient, constant, imperturbable face à la mer. Mer qui encercle, engloutie, crache, déverse son trop plein… Accueil, berce, dors l’enfant hissé dans sa tour d’ivoire.
Armen : la pierre !

16h 47 Jo est venu tout à l’heure, il m’a montré le potager et proposé de prendre des pommes de terres. Je mangerai ce soir les pommes de terre au goût du goémon, que Jo a déterré pour moi. Moi qui avais envie hier de manger des pommes de terre…

Jean-Paul est arrivé avec une baguette, j’ai appelé chez lui pour demander si c’était possible de ramener du pain. C’est sa femme qui a répondu. Il fini la salle de bain, ce soir peut-être je pourrais prendre une douche.

La tempête est dehors, je n’ai pas envie de sortir. Ce matin j’ai essayé d’aller de l’autre côté mais j’ai rebroussé chemin, complètement trempée. J’ai fais une photo de moi… elle me trouble cette photo. On dirais un marin…

Je dois assumer cette image aussi de moi même, la beauté n’est pas forcement là où on l’attends !

J’ai encore fait une sieste pourtant j’ai bien dormi. Je me suis réveillée tôt mais je suis restée au lit comme pour m’offrir le luxe, le délice exquis de me lever quand bon me semble. Du coup je culpabilise parce que je me dis que je ne suis pas venu ici pour dormir. Et pourquoi pas ?

Peut-être que ça fait parti du dépaysement. Accepter de dormir, de se blottir…s’arrêter. Pourquoi je me sens obliger de rendre compte de quoi que ce soi ?
Evidement que j’ai envie que ce temps « hors ville », soit un temps comme disait Jo : « Faites quelque chose d’intéressant ! » mais est-ce qu’on peut se forcer ? Ne serait-ce pas plutôt le contraire : oublier le faire !

Avant de m’endormir j’ai dessiné. Je n’ai jamais appris à dessiner et personne m’a jamais dit que j’avais des qualités pour cela, chose par exemple évidente chez ma fille Louison. Pourtant, depuis que je suis ici j’ai fais trois dessins ; la femme avec la mer qui monte en elle, une spirale, et un phare. Un phare de couleur rouge entouré par une mer déchainée. Pendant que j’étais dans le labeur je n’ai pas pensé. J’ai laissé ce que mon imaginaire m’a dicté, ce qu’il avait envie d’exprimer : la couleur, la forme…Je me suis oubliée et j’ai oublié le monde. Le monde est devenu la couleur rouge de mon phare !

Revenir en arrière ne serait-ce pas revenir au centre ?
Se retrouver seul et seul faire face
Oh temps modernes qui nous poussent hors de nous.
Oh temps modernes qui nous decentre de notre être profond et enfant.
Je vais être à nouveau un cœur en flammes, déchirer la peau de mon corps pour y retrouver l’essence de ce qui me fait unique : personne !
Femme neuve dénudée et sans entraves
Filigrane des nerfs et des muscles
Seins à nu tombant, sexe à fleur ouverte.
Je ne suis rien, je ne suis qu’un rien
Un abîme, un pâturage des serpents qui veulent manger les vestiges de mon existence.
Aller de l’avant toujours, pied après pied, trace après trace, s’approcher de la mort.
Ne pas se retourner mais sentir derrière soi la ligne de vie par laquelle nous avons fait chemin.
S’arrêter et savoir que tout est à recommencer, que nous venons de loin,
que devant c’est encore infini
que nous sommes grain de sable,
poussière et étoile !

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