Magnolia & Patate Douce à Barreaux

mardi 26 avril 2016, par Leonor

Dans le brouhaha de la gare de Lyon les vigiles s’affairent à arrêter de façon continue et méthodique toute personne ayant un profil douteux : des jeunes gens, deux garçons pas encore trentenaires, sacs à dos et cheveux en bataille se font conduire dans un petit couloir. Le policier en civil leur sourit pour faire comprendre que ce choix n’est pas dû à leur tignasse et leur gueule de gens en quête de révolution mais au fait qu’il a des consignes auxquelles obéir. Obéir !

Ici personne ne se croise du regard, personne n’ouvre les yeux, sauf pour regarder les écrans sur lesquels s’affichent départ, horaires, destination, numéro de voie. Au milieu de la foule, j’observe le monde, j’attends de trouver d’autres pupilles. Une seule personne accueille mon souhait, elle descend les escaliers, porte son habit de sœur ; une tunique blanche avec une corde en coton qui lui serre la ceinture. Je la regarde, nous nous regardons et nous nous sourions ! C’est un court instant suspendu et arrêté au milieu du vacarme. L’échange d’un regard partagé entre deux femmes : elle a la foi, moi aussi !
Elle a un Dieu, moi pas, mais au fond c’est la même évidence…
L’évidence qui me fait être dans cette gare attendant un train pour Chambéry s’appelle :

LA PATATE DOUCE !

Une patate, une évidence ? Oui puisque au delà de la douceur de ce légume, il est question d’humanité-s !

Olaf, Myriam, Ignace, Claire nous attendent à Barraux, chez eux, mais aussi chez Mary et Michel. Les parents de Myriam. Ils partagent le même endroit de vie, de création, de jardin. Avec au centre de cette maison aux mille recoins, labyrinthe, caverne d’Ali Baba, musée aux bambous géants, plusieurs familles et générations cohabitent !

Alessandro, Jacopo, Leonardo, Daisy du Teatro Necesario de Parme, sont arrivés hier matin à Barraux ! Maya la fille d’Ignace et Claire est ravie que ses clowns favoris soient là.
Le soir elle demanderas à son père de s’asseoir à côte d’Alessandro. L’homme à la moustache, le pêcheur de « truites », le clown au ventre de pastèque…

Le Teatro Necesario a joué hier dans la cour d’une école à Barraux, il y avait trois cent personnes, c’était un de ces week-end pétillants que la Compagnie Artiflette porte. Où repas partagé rime avec débat, pâte, légumes des agriculteurs du coin et spectacles d’ici et de l’autre côte des montagnes !

Dans la gare de Pontcharra, je vois Pina au loin. Elle porte une veste orange vif mais c’est son rire que j’entends d’abord. Lumineux et éclatant !
Dominique est à côte d’elle, Julie aussi. On ne se connaît pas encore mais on a déjà échangé par mail et par skype. Dominique et Julie viennent de Toulouse. D’ailleurs nous étions dans le même train mais le hasard n’a pas fait qu’on se croise. Pourtant on aurait pu se trouver à trois gares : Toulouse, Lyon, Chambéry. Et ça aurait pu être lui ou elles, ces autres « pupilles » que j’attendais…

Erwan est venu nous chercher avec le camion bleu très années 80, pour nous emmener à Barreux. David est là, il a pris le train de 7 heures à Quimperlé, passant par Rennes avec deux sacs de couchage.

Aurélia est sur place depuis hier. C’est elle qui a rangé le reste des pâtes après le repas partagé.
Laurence viendra dîner avec nous ce soir ! Puis après elle partira… elle va nous manquer !

Dans le frigidaire de l’atelier-cuisine collective des pâtes fraîches pour vingt-six personnes nous attendent. Ce soir Jacopo, Alessandro et Leonardo, nos italiens « nécessaires » cuisineront pour nous les ravioli à la ricotta et aux herbes qu’ils ont emmenés de leur pays.

Valérie, Armelle, Sylvie sont en chemin.
Florian aura une panne de voiture, mais nous ne le savons pas encore. Il arrivera le lendemain vers 16 heures en risquant de ne plus pouvoir repartir. Il repartira. Gandalf arrive le matin. Il est silencieux, brun, il observe.

Il n’était pas là l’année dernière, comme Julie et Florian, et il a besoin des prendre ses marques, de savoir qui est ce troupeau de fous furieux qui sont capables de venir des quatre coins de la France et de l’Italie et s’enfermer durant deux jours pour réfléchir à :


La charte/ Le mode de mutualisation économique/ L’organisation et l’accueil des bénévoles/ La liste de matériel à trouver/ A emmener/ A charger dans le camion/ A demander au voisin/ La communication en amont/ La lettre aux programmateurs/ Le lien avec les habitants d’Aurillac/ L’évolution du site internet/ La page facebook / Le nombre des parts/ La réservation du camping/ Les toiles sèches/ Les voiles à ne pas oublier/ Le lien avec les producteurs bio du coin et l’achat de leurs légumes/ L’affiche pour Aurillac/ Le programme pour Aurillac/ Le partage des tâches/ Les commissions de travail/ L’engagement de chacun/ La photo avec la patate/ Le dépôt d’argent à la banque/ Le jour d’arrivé à Aurillac / Les horaires des spectacles/ L’affichage/ Le tractage sur place/ La parade/ Les contacts avec les radios/ Envoyer une invitation aux associations d’Aurillac/Ne pas oublier l’importance de laisser du temps pour le repos/ Choisir les thématiques pour l’espace parole & continuer à défendre ce lieu comme un acte politique/Etre déterminé et ne pas faillir à la panique/ PATATI PATATA : écrire la chanson pour le numéro collective…


BEAUCOUP DE MOTS, des fois peut-être trop, MAIS POUR comprendre il faut SE COMPRENDRE et il faut le temps de nommer, de trouver les mots justes !

Temps et efforts qui sont nécessaires pour revenir sur comment nous avons œuvré l’année dernière, dire ce qui n’a pas été dit, éclaircir les zones d’ombres, écouter derrière les mots, clarifier de plus en plus le cadre, le paysage que nous souhaitons défendre !

Tout est important : un petit détail ce n’est pas un détail ! Et cela demande un effort de pensée, d’écoute.

Mais plus nous pourrons nommer notre Patate, plus nous serons en capacité d’affirmer notre conviction.

Et plus nous pourrons nous saisir de notre désir, comme acte de résistance et de liberté !

Et c’est ainsi que nous pourrons également être pleinement conscients de la force qui nous unit. Puis des concessions et des responsabilités que chacun doit assumer !

La conscience individuelle et collective, n’est pas Jacopo ?

NOMMER C’EST BÂTIR !

Pendant trois jours nous avons fait cela, ensemble !
Une seule famille !
Pourtant nous sommes si différents !
Nous parlons 4 langues : français, italien, anglais, espagnol !
Nous avons des poils, nous sommes chauves, grands, petits, forts, à la peau d’olive… Certains aiment le poivre, d’autres ne mangent pas de produits laitiers, Armelle adore le beurre et Erwan l’ail. Nous sommes une galaxie à nous tous…

Mardi après-midi, temps d’arrêt et pause chantier.
Trois groupes : couper du bois, broyer des branches et creuser la terre.

Qui choisit quoi ?
Et pourquoi ?

Nous partons avec Michel creuser une tranchée.

Dominique, David, Julie, Pina , Michel, Leonardo puis Jacopo nous rejoignent vers la fin. Nous creusons à l’unisson une même ligne dans la terre, comme un chemin, une promesse.
Alessandro est ravi, il cueille des vers de terre pour ses appâts de pêche. Le lendemain il aura sa truite !
Michel pourra mettre son tuyau pour récupérer l’eau des voisins et s’en servir pour d’autres usages !
Daisy a fait une photo qui fera un boum sur facebook ; Leonardo et Jacopo avec une pioche !
Après nous revenons à notre agora, à notre Patate. Et nous avons continué à couper, broyer, ranger, creuser mais cette fois avec les mots…
Il nous reste quatre mois de préparatifs avant la grande fête !

Nous cherchons un plombier !
Gandalf dit qu’il va pleuvoir.
Sylvie veut prévoir le déficit.
Olaf nous fait goûter son alcool de poire.
Claire s’assoit sur le banc à côté de moi et me prend dans ses bras.
Dominique a oublié son pull vert.
Pina rayonne durant les deux jours, ses cheveux blonds en piques sont comme des rayons de soleil !
Miryam rappelle et rappelle et rappelle… et c’est parce qu’elle rappelle certaines choses que nous ne les oublions pas !
Dominique (toujours le même) tape sur son ordinateur toutes les réunions !
David nous rappelle les questions juridiques !
Aurélia porte des chaussures de clown rouge !
Un escargot étire son corps et ses cornes sous l’eau du ruisseau…
Leonardo enlève le poivre au saucisson.
Et Alessandro mange sa truite…


La liste d’actes, des petits détails, des regards partagés face aux montagnes, à la table du matin, sur les marches d’un escalier, les sourires au goût de confiture de châtaigne, tous ces instants que nous avons vécus sont infinis !

Comme infinie est notre évidence !

Le soir je m’endors avec toutes ses pupilles en moi…

7 h 40, Olaf nous emmène à la gare !

Nous nous disons au revoir en silence, bientôt nous nous retrouverons !


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