50. Celle qui creuse, 11. Note d'Intention

Celle qui creuse

Une nouvelle sensation, un nouveau désir, une nouvelle création

« Plus nous nous immergeons en nous-mêmes, plus nous nous ouvrons, parce que plus nous approchons le germe de notre totalité, plus nous approchons le germe de la totalité de tous les hommes. » Piero Manzoni

Une femme cherche perdue dans la nuit l’origine de son existence. Elle doit revenir en arrière pour comprendre son histoire.

Celle qui creuse, dessin d'étude, décembre 2010

Voici un point de départ, un moteur, un déclenchement. Parler de ce qui m’a construite, parler de ceux qui m’ont entourée « dans le jardin de mon enfance ». Peindre les espaces qui m’ont constituée, dessiner les rues blanches comme un copeau de chaux tombé sur le carrelage rouge sang. Revenir au début, au commencement... L’histoire se répète encore une fois. Alice revient encore une fois. Que cherche-t-elle encore ? Qui cherche-t-elle cette fois ?

J’avais 7 ans, peut-être 8 ans, c’était un samedi matin. Un samedi matin comme tous les autres, où je devais faire le ménage au premier étage de la maison, au 6 rue Palomar. C’était dans la chambre vide, la grande chambre vide qui était destinée à ma petite sœur Maria del Mar. Ma sœur muette. La grande chambre vide qu’elle n’occuperait jamais. Je me souviens, au milieu de cette chambre aux carreaux blancs, avec ses taches multiples et ses murs blancs m’entourant. Je me souviens d’une petite fille, très petite (la plus petite de la classe). Je me souviens d’une petite fille aux yeux d’écureuil, avec deux dents en moins et une cicatrice sur le front. Elle est au milieu d’une chambre vide et grande, si grande qu’elle se sent comme un pois chiche. D’un seul coup, un énorme truc, gros comme un météorite lui tombe sur tout le corps, sur tout son être si minuscule (elle est la plus petite de la classe). Quien soy yo ? Qui je suis ? D’un seul coup, un samedi matin, en faisant le ménage, la question de sa vie lui tombe dessus comme une météorite. Rien. Elle n’y peux rien. Rien. Tout devient néant. Son corps se raidit, ses mains deviennent inertes, son cœur s’arrête. Elle ne sait pas quoi répondre. Qui je suis ? Néant, vide absolu, trou noir. C’est une météorite qui lui est tombée sur la tête. Qui je suis ? Non, pas peur, elle n’as pas peur, c’est pire que ça. Elle se voit, elle face à elle. Elle sait qu’elle n’est pas elle puisqu’elle se voit, elle se voit en dehors d’elle. Alors, quien soy yo si yo no soy yo ? Qui je suis si je ne suis pas moi ?

Entre toi et moi il y a une éternité, tout est à construire, tout est à inventer. Mais, la petite fille qui est moi, moi petite fille ne sait pas quoi répondre. Absorbée par ce vide absolu, elle vit sa première mort, sa première prise de conscience, elle dit pour survivre : Me llamo Leonor Canales y vivo en la calle Palomar numéro 6 (Je m’appelle Leonor Canales et j’habite au 6 rue Palomar).

Depuis, le météorite reste en moi, et je le cherche !